La création du Concert de la Gaîté-Montparnasse en 1867

Le limonadier François Jamin récupère les matériaux empruntés à la démolition du Théâtre de l’Exposition de 1867 pour construire un Café-Concert qu’il installe dans la très populaire rue de la Gaîté. Le Concert de la Gaîté-Montparnasse y ouvre ses portes en septembre 1868. Son entrée se situe au 67 chaussée du Maine.
Ce café-concert accueillait nombre de divettes et danseurs. On retrouve même sur un programme de 1879 Caudieux, le « bambocheur » qui inspira Toulouse-Lautrec pour une affiche en 1893.
Le 25 décembre 1875, Jamin présente sa première revue : « Vive la Gaîté ». Devant le triomphe, la tradition de la revue continuera jusqu’en 1899. La plupart des revues sont signées par Dorfeuil.
Jamin loue la Gaîté à Georges Corrard dit Dorfeuil qui dirige déjà la Concert Parisien. Yvette Guilbert, Fragson, Dorville, Polin entre autres s’y produisent. On y retrouve même Dranem et Mayol qui y chante l’inoubliable « Viens Poupoule ».

Le nouveau siècle

On ouvre une entrée pour le public sur la rue de la Gaîté. En juillet 1896, l’électricité remplace l’éclairage au gaz. Le Concert de la Gaîté-Montparnasse est très populaire, une ambiance bon enfant y règne. Dorfeuil meurt en 1904, à l’âge de 52 ans. C’est sa veuve qui reprend en main la Gaîté-Montparnasse avant de céder la place à son fils, Georges Dorfeuil en 1907. Cette année-là, il engage deux jeunes artistes : Maurice Chevalier qui a tout juste 17 ans et Georgius qui en a 19. En 1913, c’est Colette qui y présente un numéro de poses plastiques et de pantomimes.
Les années trente sont une période noire durant laquelle la mode du café-concert passe. La Gaîté-Montparnasse sombre peu à peu dans la vulgarité, dans le nu même et la salle est louée à tout venant.
Georgius reprend les rênes en 1933, embellit le lieu, monte de magnifiques revues de plus de vingt comédiens, rebaptise le lieu Studio d’Art Comique mais déclare forfait  en 1935, ruiné. La Gaîté-Montparnasse végète jusqu’à la déclaration de la guerre. Durant la guerre, le music-hall revient à la mode et ce sont des chansonniers dont la célèbre Fréhel qui se  produisent à la Gaîté-Montparnasse jusqu’à la Libération.

1945, la Gaîté théâtre d’avant-garde, Agnès Capri

En 1945, Agnès Capri, transfuge des compagnies Jouvet et Pitoëff, ancienne élève de Charles Dullin, loue la Gaîté et y installe un authentique théâtre d’avant-garde. Sketches, chants, parodies, récitals poétiques sur des textes d’Alphonse Allais, Courteline, Apollinaire, Prévert, Desnos, Jean Tardieu. Roland Petit y créera des chorégraphies. Jacques Audiberti montera sa première pièce, les Frères Jaques y joueront. A 19 ans, Juliette Gréco fera ses débuts au théâtre dans « Victor ou les Enfants au pouvoir », reprise de la Comédie des Champs-Elysées.

En 1949, Madame Dorfeuil, achevant ainsi 62 ans de règne familial, laisse le théâtre à Thanos et Christine Tzingos auxquels s’associe Roger Blin. Plusieurs pièces y sont programmées, notamment « L’épouse injustement soupçonnée » de Jean Cocteau mise en scène de Sacha Pitoëff. En 1955, Thanos et Christine Tzingos sont en rupture de paiement et ferment le théâtre. Roger Blin qui n’est plus à la Gaîté, est cependant resté gérant et doit supporter les dettes, en particulier celles contractées envers l’URSSAF.

1958. Rénovation de la salle par Michel Fagadau. Il restera directeur puis associé au théâtre pendant 37 ans, jusqu’en 1995. Il fait effectuer dès son arrivée à la Gaîté des travaux de rénovation du plateau pour donner de la profondeur. Le parterre est élargi, et les inconfortables banquettes de repos rouges sont remplacées par des fauteuils. Il doit fermer le deuxième balcon pour des raison de sécurité, le nombre de places étant ramené à 500.
Les deux premières années, Michel Fagadau et Michel Vitold dirigent le théâtre et obtiennent un grand succès avec leurs premières programmations notamment « Douze hommes en colère » en 1958 et « Bon week-end M. Benett » avec Denise Grey en 1959.
A partir de 1960, Michel Fagadau met en scène la plupart des créations pour la Gaîté.
Se succéderont maintes pièces jusqu’en 1977, « Sugar Plum », « L’avenir est dans les œufs », « La Crécelle », « Le goûter des généraux », « Le Knack », « La famille Tott », « Un jour dans la mort de Joe Egg », « Le Précepteur », « Un pape à New-York », « Butley », « Pol »… et maints comédiens, de Laurent Terzieff à Claude Rich, de Bernard Fresson à Michel Galabru en passant par Jean Rochefort et Marthe Keller, de Jean-Pierre Marielle à Anémone…
En mars 1978, Michel Fagadau confie à J. Sandor puis à Daniel Colling la programmation du théâtre. Ce dernier y instaure un système de double spectacle à 20 heures et 22 heures, dans lequel alternent variétés et théâtre. A l’affiche : Font et Val, Le Golden Gate Quartet, Leni Escudero, Jean-Roger Caussimon, Luis Rego, Le Père Noël est une ordure par l’équipe du Splendid.
1982. Nicole Charmant reprend la direction du théâtre, réaménage la salle, change et diminue le nombre de fauteuils.
Plusieurs créations, dont la célèbre « Comment devenir une mère juive en dix leçons » avec Marthe Villalonga et André Valardy.
Jouent également à la Gaîté Yves Rénier, Victor Lanoux, Jean-Pierre Darras, André Dussollier, Patrick Chesnais, Catherine Rich, Pierre Arditi, Macha Méril, Sabine Haudepin, Jacques Weber, Michèle Laroque, Geneviève Fontanel, Claire Maurier, Jean-Paul Farré, Jean-Luc Moreau, Valérie Kaprisky, Darry Cowl entre autres. En 1992, Jacques Villeret sera l’inoubliable interprète de « La Contrebasse » de Patrick Süskind.
Les pièces se suivent, les comédiens également : Christophe Malavoy, Marie-France Pisier, Claire Nadeau, Samuel Labarthe, Brigitte Fossey, Charlotte Gainsbourg, Fanny Ardant, Niels Arestrup… liste non exhaustive, bien évidemment.

1988, le théâtre menacé de démolition et 1995, la nouvelle direction.
Depuis 1988, le théâtre de la Gaîté Montparnasse est menacé de démolition par les propriétaires des murs. Les autorités du monde du spectacle se mobilisent pour éloigner ce danger.
Nicole Charmant, responsable de la direction, poursuit cependant la programation du théâtre jusqu’en 1995 où Monsieur Léo Gros se présente comme acquéreur, évitant ainsi la disparition du théâtre. En 1998, il est repris pour Louis-Michel Colla qui en assure aujourd’hui la direction. Le bar attenant au Théâtre, L’Entracte, ouvre à nouveau ses portes, pour le plus grand plaisir des comédiens qui en font un lieu de rendez-vous.
En 2003, tous les fauteuils sont renouvelés et la salle, entièrement remise à neuf, retrouve tout son cachet.